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Bernard Tano, le peintre qui veut immortaliser l'enfance


C’est à Bingerville, dans ce repère d’artistes qui abrite de nombreux talents comme Yéanzi, Aboudia, Souleymane Konaté et tant d’autres, que Bernard Tano nous a donné rendez-vous. Situé au bout d’une piste de latérite, son atelier est caché au fond d’une cour qui sert de refuge aux poules et aux chatons du village. On se croirait à la campagne. A peine a-t-on posé un pied dans la pièce que l’on plonge instantanément dans l’univers si particulier de Tano. Les murs recouverts de toiles immenses, de fresques colorées, barbouillées de couleurs, du papier journal dans les coins, un ordinateur, un drône posé sur la chaise, des pots de peinture… tout ici laisse entrevoir un processus de création qui mêle spontanéité, histoires vécues, et aussi une certaine vision. Car si les tableaux semblent être le résultat de grands coups de pinceaux impulsifs, ils sont en réalité le fruit d’une longue réflexion de l’artiste. « Je n’improvise rien. Tout est pensé, réfléchi. Ma démarche artistique est très construite. Je peux parler d'une toile avant qu'elle ne soit créée. Et chaque oeuvre fait référence à une histoire vécue. C'est un travail de mémoire.». Depuis le confinement, il travaille ainsi sur une série de portraits d'enfants intitulés "Ex-pressions" qui utilise pastels, acrylique et papiers journaux comme matériaux et support.



Le dessin, la planche de salut


Né à Abidjan d’une mère ghanéenne, Bernard Tano perd son père à 6 ans. Il grandit dans la rue, alterne entre école et petits boulots, cire les chaussures, pousse les charrettes et surtout… il dessine. Sa persévérance lui permet d’obtenir une bourse pour entrer au lycée d’enseignement artistique de l’Insaac. Le bac en poche, il poursuit au sein de l’école des Beaux Arts d’Abidjan jusqu’à l’obtention d’un Master II. S’en suivent encore quelques années de formation au Ghana et c’est en 2019 qu’il se jette enfin à l’eau et s'installe en tant que peintre. Aussitôt il remporte le 1er prix des RIPO (Rencontres Internationales de peinture de Ouagadougou), puis se hisse à la 2ème place du concours « Jeunes Talents Arts Contemporains » organisé par la SGBCI. Voilà de quoi le conforter dans sa vocation…


L’enfance comme fil conducteur


C’est dans son histoire personnelle que Bernard Tano puise son inspiration. « A cause de mon passé, je ressens une réelle empathie envers les enfants, et notamment les enfants des rues. J’aime la spontanéité de leurs dessins.» Comme pour rendre un peu de ce qu’il a reçu, l’artiste invite régulièrement les gamins qu’il croise à s’exprimer sur ses toiles. En ce moment il réalise une fresque de 18 mètres de long à Assouindé, sur laquelle les minots du village pourront se targuer d’avoir participé. « Bien sûr je fais attention, mais leur contribution apporte de la spontanéité à l’ensemble. Une fois adulte, on ne sait plus dessiner comme les enfants. »


Exposé un temps par la galerie Art Time à Cocody, on peut désormais admirer certaines de ses toiles à la galerie Walls House of Art d’Abidjan, ainsi que sur la galerie en ligne Pépites d’Afrique. Le mieux est encore de se rendre à Bingerville (après avoir pris rendez-vous avec l’artiste) qui vous accueillera avec une immense gentillesse. Bernard Tano est également très présent sur Instagram (@btano) car il anime régulièrement des « lives » (suivis par plus de 61 000 personnes tout de même !) dans lesquels il nous fait découvrir des artistes et amateurs d'art du monde entier.


Contacts:

Facebook: Bernard Tano

Instagram: btano_